Guide pratique · Cession de société
L’acquéreur auditera la société ; le cédant qui audite le premier choisit ce qu’il corrige avant la mise en vente plutôt que de le subir dans la négociation. Un audit corporate ciblé, sur un périmètre fermé, statuts, registres, procès-verbaux, pacte, conventions réglementées, bénéficiaires effectifs, prépondérance immobilière le cas échéant, révèle les irrégularités qui coûtent du prix ou du calendrier, et laisse le temps de les régulariser.
Dans toute cession, l’information circule dans un seul sens : l’acquéreur découvre, le cédant explique. Chaque irrégularité découverte par l’acquéreur devient un argument de négociation, une condition suspensive ou une indemnité spécifique. La même irrégularité, découverte et traitée par le cédant six mois plus tôt, aurait disparu du dossier.
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L’audit d’acquisition est systématique dès que l’opération a un enjeu : data room, questionnaires, revue des statuts, des décisions sociales, du capital et des contrats. Les conseils de l’acquéreur sont payés pour trouver ; ils trouvent. Registres lacunaires, assemblées manquantes, clause statutaire contredite par le pacte, conventions réglementées jamais approuvées, délégations de pouvoirs introuvables : rien de tout cela n’échappe à une revue sérieuse, et tout cela se retrouve dans le rapport remis à l’acquéreur.
Le cédant doit partir du principe que tout ce qui est irrégulier sera vu : la seule variable est de savoir qui le voit en premier, et donc qui maîtrise le récit.
Le périmètre efficace est fermé et se parcourt vite : statuts et leur cohérence avec la pratique, registres sociaux, procès-verbaux des cinq derniers exercices, approbations de comptes et dépôts, pacte d’associés et sa compatibilité avec les statuts, conventions réglementées, déclarations de bénéficiaires effectifs, chaîne de propriété des titres, et, pour les sociétés détenant de l’immobilier, la qualification de prépondérance immobilière qui commande désormais la forme de l’acte de cession. En sont exclus le fiscal, le social et les contrats commerciaux, qui relèvent d’autres revues.
Un périmètre fermé est ce qui rend l’exercice utile : il se chiffre, il se tient dans le calendrier d’une mise en vente, et ses conclusions sont actionnables immédiatement.
Toujours les mêmes constats : approbations de comptes manquantes ou tardives, registres non tenus, cessions de titres anciennes aux formalités inachevées qui fragilisent la chaîne de propriété, clauses statutaires d’agrément ignorées lors de mouvements passés, conventions réglementées non approuvées, pacte contredisant les statuts. Chacun a son prix en négociation : une chaîne de titres douteuse appelle une déclaration renforcée et parfois une indemnité spécifique ; des approbations manquantes, un chantier de régularisation sous conditions suspensives ; un pacte incohérent, des renonciations à obtenir de tiers au moment le plus cher.
La hiérarchie est simple : tout ce qui touche à la propriété des titres se traite en priorité absolue, car c’est l’objet même de la vente.
La plupart des irrégularités corporate se réparent : assemblées de régularisation, reconstitution des registres, approbation rétroactive des conventions dans les formes prévues, mise en conformité du pacte et des statuts, formalités de cessions anciennes achevées. Ce qui ne se répare pas se déclare : une difficulté identifiée, expliquée et documentée par le cédant dans la data room perd l’essentiel de sa valeur de négociation pour l’acquéreur. Le pire scénario est l’irrégularité découverte par l’acquéreur et tue par le cédant qui la connaissait.
La règle de conduite : réparer ce qui peut l’être, documenter ce qui ne peut pas, ne rien laisser découvrir.
L’exercice ne remplace ni la revue fiscale, ni la revue sociale, ni l’analyse des contrats commerciaux, ni une vendor due diligence complète. Il ne donne pas d’opinion sur la valeur. Son objet est le socle sociétaire : ce qui conditionne la validité de la vente et la solidité des déclarations que le cédant signera dans la garantie d’actif et de passif. C’est précisément parce que son objet est borné qu’il peut être mené tôt, vite et à coût maîtrisé.
Le cédant qui veut une revue complète la séquence : le corporate d’abord, parce qu’il conditionne la vente elle-même, les autres volets ensuite, selon l’enjeu et le profil de l’acquéreur pressenti.
Le bon moment est en amont de la mise en vente, avant même l’approche des acquéreurs : les régularisations par assemblée demandent des convocations, parfois des tiers, et leur précipitation en cours de négociation se voit. Les conclusions de l’audit alimentent trois documents : le plan de régularisation, la data room, et les déclarations de la future garantie, que le cédant pourra signer en connaissance de cause plutôt que les découvrir dans le projet adverse.
Un cédant qui connaît son dossier négocie sa garantie au lieu de la subir : c’est le rendement réel de l’audit, au-delà des régularisations elles-mêmes.
Avant l’approche des acquéreurs : les régularisations demandent des décisions sociales et parfois des tiers, et perdent leur discrétion une fois la négociation ouverte.
La documenter et la déclarer dans la data room, avec son analyse et ses conséquences. Une difficulté expliquée par le cédant se négocie ; une difficulté découverte par l’acquéreur se paie.
Non, il la prépare : les pièces vérifiées et classées pendant l’audit constituent le cœur de la data room, et les conclusions guident ce qui doit y être expliqué.
Le cédant seul, protégé par le secret professionnel de l’avocat. C’est lui qui décide ce qui est régularisé, ce qui est déclaré et ce qui alimente la négociation.
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Mickaël Labigne, avocat aux barreaux de New York et de Paris. Découvrir le cabinet.
Mis à jour le 5 octobre 2026.
Ces informations sont générales et ne constituent pas une consultation juridique. Chaque opération appelle une analyse propre.